Le Déjeuner sur l'herbe par - œuvre d'art analysée en images

Claude Monet et son « Déjeuner sur l’herbe » : Une œuvre au carrefour de l’académisme et de l’impressionnisme

En 1865, Claude Monet, alors âgé de 24 ans, commence la réalisation de son tableau monumental intitulé « Déjeuner sur l’herbe ». Ce projet ambitieux vise à allier la peinture en plein air à un format d’histoire, en représentant une scène de genre inspirée de l’œuvre controversée d’Édouard Manet, exposée au Salon des refusés en 1863.

Monet, connu pour son engagement à peindre en extérieur, a été formé par Eugène Boudin, qui lui a appris à capturer la lumière naturelle. Ce dernier a été déterminant dans son parcours artistique, comme Monet lui-même l’a affirmé : « Si je suis devenu un peintre, c’est à Eugène Boudin que je le dois ». À Paris, il a également rencontré des artistes influents tels que Camille Pissarro, Frédéric Bazille, Auguste Renoir et Alfred Sisley.

La technique de Monet repose sur la peinture d’après nature. Il déclare en 1880 : « Je ne comprends pas qu’on s’enferme dans une chambre. Pour dessiner, oui ; pour peindre, non ». Ses amis soulignent sa détermination et son approche directe, utilisant un nombre impressionnant de touches de pinceau, estimées à 70 000 par mètre carré.

Monet se lance dans ce projet ambitieux alors qu’il n’est pas encore reconnu. Il choisit de traiter un sujet de mœurs, intégrant douze figures grandeur nature dans un format qui rappelle les tableaux d’histoire. Son processus de création est marqué par des défis, notamment des conditions météorologiques défavorables et des blessures.

Les esquisses réalisées lors de ses séances de pose avec des amis, dont Bazille et Camille Doncieux, sa future épouse, témoignent de son investissement personnel. Toutefois, face aux difficultés rencontrées, Monet abandonne temporairement la toile, qu’il utilise même comme gage pour payer son loyer.

Finalement, il ne récupère sa toile qu’en 1884, la découpant en fragments pour la sauvegarder. Deux grands morceaux sont aujourd’hui conservés au musée d’Orsay. Pour le Salon de 1866, Monet présente une autre œuvre, « La Femme à la robe verte », qui remporte un franc succès.

La représentation du déjeuner en plein air, bien que traditionnelle, prend une nouvelle dimension sous le pinceau de Monet. Les citadins, fuyant la ville pour la campagne, font du pique-nique un loisir populaire. L’œuvre de Monet, tout en s’inspirant de Manet, s’inscrit dans un contexte social où la femme est dépeinte avec plus de charme et de pudeur.

Cette toile, qui se distingue par son traitement de la lumière et des couleurs, préfigure les principes de l’impressionnisme. Elle illustre l’évolution artistique de Monet, qui continuera à explorer ces thèmes dans des œuvres ultérieures, notamment dans son célèbre cycle des « Nymphéas », commencé à la fin des années 1890 et achevé en 1926, année de sa mort.

Source : Panorama de l’art, musée d’Orsay.

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